LA JAMBE

Comme je n'avais pas de fleurs j't'ai apporté une jambe
J'lai découpée à la scie toute la nuit dans ma chambre
Puis je l'ai délicatement enrubannée mon cœur
Dans ce beau papier de soie qui faisait ton bonheur

Elle sent bon la chair morte et la viande putride
Mais d'âcres exhalaisons lui rendent sa saveur
Elle grouille de petits vers et de blancs asticots
Qui laissent de blancs dépôts crémeux comme des glaires

Des cuisses jusqu'aux orteils coule un jaune liquide
Qui n'est pas sans rappeler le pus couvrant l'ulcère
Sous le plat des pieds se forme un joli nid de mouches
Puissent-elles emplir ta couche de larves embryonnaires

J'ai passé toute la nuit caché dans le cimetière
Afin de dénicher celle qui saurait te ravir
Elles étaient toutes plus belles les unes que les autres
Mais aucune n'égalait tes grands yeux de saphir

Plus on a le choix c'est vrai et plus c'est difficile
On s'énerve on tourne en rond on veut faire une affaire
C'est finalement par hasard que je dénichais celle
Qui me semblait la plus rare au fond d'une poubelle

Elle serait belle installée dans un coin du séjour
Sur ta table de chevet ornée d'un abat-jour
A moins que tu la préfères au milieu du salon
Tu as toujours eu du goût pour la décoration

Ah mais j'suis très très content que mon cadeau te plaise
J'avais peur que tu le trouves banal ou bien vulgaire
J'ai même déjà pensé à ton anniversaire
Que penserais-tu d'une paire de globes oculaires

Textes : Yann Girard - Le Cirque des Mirages